Chau les patagons, salut les nordistes !
Chaleur moite des rues de Buenos Aires, on trouve refuge dans le hall climatisé de l’hôtel Principado. D’une part, un amas de valises et nos 13 participants prêts à retourner en France après un beau circuit de 3 semaines en Patagonie, les bras chargés de cadeaux de Noël improvisés et les yeux remplis de souvenirs. De l’autre côté du hall, une douzaine de nouveaux débarquants, prêts à en découdre avec « La Nouveauté ». Un circuit reconnu l’an passé et dont on fête ce jour la première concrétisation, Cerro Chani (5890m) et Nevado Cachi (6380m), deux sommets méconnus, tout autant que cette région du nord ouest qui se développe un peu plus chaque jour.
Histoire d’assurer le coup de cette première, nous ne serons pas moins de 3 à encadrer ce groupe, Yann entouré de ses deux aides-guides Anaïs et moi. En effet, il est primordial sur ces « premières » de pouvoir se dédoubler et l’expérience de ses 3 semaines nous auront démontré ô combien notre choix fut judicieux.
Nous arrivons en début de soirée à notre hôtel à Salta avec les clients où Anaïs nous attend avec le 4x4 et l’imposant matériel collectif qu’elle a courageusement emmené avec elle, lors de sa montée sur Salta……en bus (il faut compter 18 heures de route depuis Buenos Aires).
Premier repas, premiers échanges timides d’un groupe qui ne se connaît pas, premières interrogations sur ce voyage, limonade artisanale, vin argentin désaltèreront les papilles émerveillées par la tendresse du bœuf argentin. Le serveur clôt le repas en nous entonnant avec sa guitare des airs de Zamba (non, non pas de fautes d’orthographes, c’est le nom de la musique folklorique du Nord Ouest), mais les yeux commencent à piquer. Une vraie nuit s’impose.
Nous partons dès le lendemain, plus au nord, vers la Quebrada de Humahuaca, où nous poserons notre camp pendant 5 jours à Huacalera chez Analya et Rémy, couple franco-argentin, tenant une maison d’hôtes (adresse précieuse de par l’accueil, du havre de paix qu’il représente et de leur talent culinaire), précisément coupé par le tropique du Capricorne et qui sera notre camp de base pour des ballades d’acclimatation aux alentours : randonnée sur le Yacoraïte, montagne culminant à 3000m, surplombant la Quebrada, Laguna de Pozuelos où nous parfaîtrons notre acclimatation en passant une nuit à 3600m, visite de la Quiaca, dernière ville argentine avant la frontière bolivienne, visite de Yavi avec une randonnée à la découverte des peintures rupestres de la Cuevas et retour à Huacalera avant de passer aux choses sérieuses !!
Passer les 5 premiers jours d’acclimatation douce, progressivement montant, redescendant, buvant nos litres d’eau conformes aux règles dictées par Yann (1 litre d’eau par jour = 1000m d’altitude / 5000m d’altitude = 5 litres d’eau par jour), conditions inévitables pour éviter la Puna (mal d’altitude nommée dans cette partie des Andes), nous voilà parti pour El Moreno, (une escapade sur la route par Salinas Grandes : réplique du salar d’Uyuni sur 120 km²), point de départ à 3800m pour l’ascension du Cerro Chani. Nous retrouvons Cani, le guide local et Armando le muletier, puis ascension en 3 jours et 2 camps du sommet (1er camp à 4200, 2nd camp à 4900). Nous voilà fiers, pour notre première, nous emmenons 10 clients sur 12 au sommets. Yann devra rebrousser chemin avec deux clients dont un présente de sérieux symptômes d’œdème cérébral. La haute montagne nous rappelle sans cesse ces valeurs d’abnégation, d’humilité et de raisonnement. Nous les aides guides motiveront les retardataires de la troupe, enclins plus d’une fois à abandonner si près du but, et connaîtront l’immense bonheur du sommet et de la satisfaction du clients qui s’est surpassé ! Photos souvenirs, accolades, sourires radieux, un petit mot sur le livre d’or, témoin des divers passages, qu’il faut déjà penser à la redescente. Longue et douloureuse, faites de grosses pierres où la vigilance doit rester de mise.
Retour en 2 jours à El Moreno, au revoir à nos guides locaux et le groupe fait route vers Salta, en passant par San Antonio de los Cobres, paysages somptueux aux couleurs iréélles. Anaïs se charge de cette partie tandis que nous partons avec Yann préparer le reste du voyage en rejoignant Salta par la route goudronnée (courses, achat de solvante pour notre cuisine sous tente mess, derniers réglages….).
Retour à notre restaurant salteño, re-limonade, re-vin argentin, «hum que cette viande est bonne.. ! », re-Zamba, re-zyeux-qui-piquent….un air de déjà vu
Le lendemain, nous voilà déjà en route vers Cachi, magnifique petit village aux airs de Corse, où le temps semble s’arrêter, où les gens prennent le temps de vivre (tout réouvre à …..19h !!!) et où l’on a surtout pas envie de bousculer ce mode de vie si confortable. Appel de la sieste ? Malheureusement non, il nous faut trouver mules, bus, monter le camp, préparer le dîner mais on n’oublie pas de s’abreuver de maté. Le groupe semble apprécier cette petite place du village, avec ses terrasses, ses bières fraiches. Derniers instants de répits du corps et de l’esprit avant de recommencer un départ pour un nouveau sommet.
Le lendemain, on recharge les mules et nous voilà parti vers le camp 1 « Piedra Grande », à 4200m d’altitude, on chemine au milieu des cactus, pause déjeuner et Santiago, pour éviter à nos corps de « s’ensiester » nous entonnera un chant en appelant à la clémence et aux bonnes ondes de la Pachamama. Ce ne sera pas vain vu les pierriers qu’ils nous faut affronter.
Camp 1, seuls au monde, quelques vizcachas (mi lapin / mi écureuil) sortent de leurs cachettes pour nous saluer. Puis montée au camp 2 à 4800m puis jour 3 montée au camp 3 (logique somme toute…) à 5200m. On sent les grands bénéfices d’une bonne acclimatation car personne ne souffre réellement de maux de têtes et tout le monde mange avec grand appétit. Coucher 18h30, réveil 03h, départ à la frontale, un grand pierrier bien raide où les batons ne sont plus utiles, mais nos mains beaucoup plus pour évoluer. Eprouvant mais ludique, surtout, on monte bien en peu de temps. 5500m, deux sont déjà redescendus, puis un 3ème à 5700m. Fatigue du premier sommet se fait ressentir. Anaïs est restée au camp 2 avec 3 autres qui ne se sentaient pas de tenter l’ascension. Puis une ultime bosse interminable avant le sommet, qui conjuguée à l’altitude nous voit progresser lentement, auront raison de mes jambes. 6000m, 5 clients continuent leurs chemins en direction du Hoyguard (6100m) en compagnie de Santiago. Expédition réussie pour ce groupe disséminé, brouillard, orage, tempête de neige nous accueilleront pour démonter le camp 3 pour rejoindre Anaïs et les autres au camp 2. Ce temps exécrable est une aubaine pour cette vallée. En effet, une légende dit que si le 8 décembre est pluvieux, la vallée ne vivra pas de sécheresse durant la saison.
Tout le monde semble heureux (grâce aux pâtes au chorizo d’Anaïs !!) et on échange sous la tente mess à la lueur de la bougie.
Un brin de nostalgie règne sur ce dernier repas en camp, eh oui c’est déjà fini. L’ambiance et la cohésion du groupe était parfaite où chacun avait trouvé sa place et où de bonnes valeurs de solidarité s’était instauré.
Retour à la civilisation, douche, bières, vin, terrasse. Le voyage s’est bien passé, notre groupe est heureux, sentiments d’avoir été pionniers dans cette région méconnu mais enchanteresse.
Et nous satisfaits du travail bien fait. Nous voilà enfin en vacances, seuls après 6 semaines de groupes ininterrompus, retour sur Buenos Aires pour un peu de travail de bureau…..avant de partir pour les fêtes siroter quelques caipirinhas sur des plages au Brésil.
Steph (steph@road-to-patagonia.com)